Le week-end des 13 et 14 décembre, quelques Vikings se sont retrouvés à Genève pour célébrer les festivités de l’escalade. Cela n’a que peu à voir avec le sport que tous trois pratiquent par ailleurs, il s’agit de commémorer la fameuse culbute qu’ont réalisée les savoyards qui tentaient – les brigands ! – d’investir nuitamment et sournoisement la ville, en escaladant ses remparts, et alors même que leur duché était lié à elle par un traité de paix. C’était la nuit du solstice d’hiver de l’an de grâce 1602. Heureusement (est-ce un hasard ou un miracle ?), la sentinelle alerte éventa leur ruse, et les courageux citoyens sortirent en pyjama au son du tocsin, jusqu’à la mère Royaume qui versa sa soupe chaude sur les assaillants, parvenant ainsi après d’âpres combats à repousser les troupes du duc Charles-Emmanuel.
Bien qu’ils venaient de traverser la frontière depuis la redoutable et terrifiante Savoie (RTS), nos trois compagnons ont réussi à plaider leur cause en invoquant leur ascendance viking. Il s’en est fallu de peu qu’ils ne finissent pendus, puis décapités et leur tête exposée au bout d’une pique, puisque telle est la sentence dont les bandits ont alors écopé. N’y voyez là nulle xénophobie, un éminent genevois n’a pas subi un sort plus enviable pour le punir de sa négligence. Comme quoi, ils n’y allaient pas de main morte avec les politiciens à l’époque ! Comment par ailleurs accuser les Genevois d’un tel vice alors que leur milice comportait de nombreux immigrés (mais pas des frontaliers, il ne faut pas exagérer non plus !).
Dès lors qu’ils eurent pénétré dans la vieille ville, nos vikings avaient prévu un fameux programme. Invités au banquet de la compagnie 1602, qui prend en charge les commémorations, ils purent assister de l’intérieur aux derniers préparatifs du week-end, avant de déambuler dans les rues de Genève, où ils furent témoins de tirs de canon et de mousquets, de défilés aux sons des fifres et des tambours, de la proclamation de la sentence des prisonniers savoyards, et de tant d’autres choses encore. Les papilles de nos compagnons furent également gâtées par un sanglier à la broche, une fondue et, bien sûr, les essentiels chocolat et vin chauds. Le week-end était si chargé, qu’ils n’ont pas même trouvé le temps de piquer une tête dans le lac Léman, dont la température n’est pourtant pas pour effrayer un viking (l’auteur de ces lignes confesse n’avoir pas été le plus motivé par l’idée de ce petit plouf) !
Voici quelques photos des festivités (avec un peu de recyclage des années précédentes). Vous y verrez le canon Falco ayant en ligne de mire le donjon de la RTS, des arquebusiers en plein entraînement au tir, et quelques autres citoyens de la fière république de Genève, fantassins et cavaliers. Enfin, bien sûr, nos compagnons, en tenue de gala au banquet de la compagnie, et devant la cathédrale (réformée, ici la foi catholique est une hérésie idolâtre).
Aujourd’hui encore, les citoyens genevois, jaloux de leur république et de son indépendance, gardent vivante la mémoire de cette grande victoire contre le duché de Savoie. Ils se souviennent de ces gens simples qui font l’âme de la ville, et plus particulièrement de la mère Royaume. L’usage veut qu’en famille ou au travail, l’aîné et le benjamin se serrent la main au-dessus d’une marmite en chocolat, remplie de légumes en pâte d’amande, et au cri de « Ainsi périssent les ennemis de la république ! », abattent leurs poings unis sur la marmite pour la détruire. Ce n’est pas si facile puisque le chocolat est épais, et pour de grands événements, on peut parfois user d’outils plus radicaux. Au banquet auquel nos Vikings ont participé, c’est à grands coups de sabres que le doyen de 86 ans et la benjamine de 7 ans environ ont détruit la marmite.
Enfin, comme toutes les bonnes histoires, celle-ci se termine en chanson. Notre titre est lui-même issu d’un chant populaire de l’escalade sur l’air de la Carmagnole, mais le plus emblématique est sans doute le « Cé qu’è lainô » (« Celui qui est en haut », à qui est adressé ce cantique en patois arpitan), qui rend hommage au Seigneur d’avoir offert cette victoire aux Genevois. En bons protestants réformés, ils ne renient pas les solae : « soli Deo gloria », à Dieu seul la gloire. Ce chant est depuis devenu l’hymne officiel du canton de Genève. En voici les paroles :
Cé qu’è lainô, le Maitre dé bataillé,
Que se moqué et se ri dé canaillé,
A bin fai vi, pè on desande nai,
Qu’Il étivé patron dé Genevoué.
I son vegnu le doze de dessanbro,
Pè onna nai asse naire que d’ancro;
Y étivé l’an mil si san et dou,
Qu’i veniron parla ou pou troi tou.
Petis et grans, ossis an sevegnance:
Pè on matin d’onna bella demanze,
Et pè on zeur qu’y fassive bin frai,
Sans le bon Di, nos étivon to prai !
Dedian Sa man Il y tin la victoire,
A Lui solet en démure la gloire.
A to zamai Son Sain Non sai begni !
Amen, amen, ainsi, ainsi soit-y !
François, Benoît et Naïana











Merci hardis Vikings pour cette belle plongée dans l’histoire (un comble pour une escalade …). L’histoire est passionnante, bien écrite et les photos sont très belles.
Vive les Genevois, mais vive aussi les Savoyards …