Ce dimanche, Denise est partie rejoindre sa grande soeur et ses frères aimés. Elle repose maintenant à Hardricourt aux côtés de ses parents et Marie-Annick. Guy lui rend hommage aujourd’hui.

Denise
Ce matin, mon regard se fige.
Devant moi une feuille blanche.
Ecran blafard.
Dehors, le soleil peine à se lever.
Le vent frais de l’hiver agite les branches givrées.
Un oiseau chante dans un sapin.
Pas simple d’écrire à l’occasion d’un décès.
Surtout celui d’une sœur.
Pas facile d’écrire sur la mort.
Je me tourne vers mon ange gardien.
Elle, mon ange, c’est ma coach spirituelle. Ma lumière de l’invisible.
Qu’est-ce que tu en penses ? Lui dis-je.
Je vois alors apparaître, dans mon esprit, comme une image furtive sur un écran éphémère, le mot : Shakespeare.
Je lui dis : Denise aimait rire. Tous les jours, elle riait. Comme une enfant.
Mais Shakespeare n’est pas un auteur de comédies.
Néanmoins, je veux en avoir le cœur net.
Et jette un œil sur le Net.
Eh ! si ! Cet auteur en a écrit plusieurs.
Exemple : Les joyeuses commères de Windsor. C’est une comédie.
Je surfe sur le mot Shakespeare.
Et je vois une citation de cet auteur :
Le monde entier est un théâtre.
Et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs.
Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles
L’âme et le corps
Les projecteurs de son théâtre se sont éteints.
Denise vient d’achever son parcours artistique.
Elle a joué un rôle.
Celui qu’un auteur lui a donné.
Elle n’a pas eu le choix de ce personnage.
Mais elle a eu le pouvoir de bien le jouer.
En utilisant les moyens physiques et intellectuels placés à sa portée.
Son rôle prend fin, là. Maintenant.
L’âme a déposé son corps dans les coulisses de l’existence.
Sur le sol. Dans la loge des artistes.
Allongé. Dépouillé. Calme et serein.
Un corps, comme un costume de scène dont la comédienne se débarrasse.
L’âme quitte son personnage et sa parure.
Elle traverse les obstacles et les murs.
Passe au-dessus des décors.
Enjambe les projecteurs.
Puis elle s’élève désormais dans les gradins du théâtre.
Au milieu de tous ces spectateurs de l’ombre.
Ces parents, amis ou anonymes disparus de nos vies
Qui accompagnent nos représentations quotidiennes.
Le monde de l’imperceptible.
Plus tard, à la toute fin de nos représentations,
Après les applaudissements, les standing ovations,
Lorsque le spectacle de l’univers sera terminé,
L’âme de Denise partira, par la sortie du public, comme tout le monde,
Elle franchira la porte du Grand théâtre.
Et, dehors, ses yeux d’enfant, émerveillés, découvriront l’espace de l’Eternité.
Guy Dieppedalle
Février 2026
Quel bel hommage à Tante Denise, toujours aimante, toujours gaie, toujours attentive aux uns et aux autres. Il y avait un poème de Marceline Desbordes-Valmore que Denise aimait beaucoup, j’en extrais ici trois strophes :
Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc ! et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !
Et quand j’ai prié Dieu pour tous ces petits anges
Qui n’ont pas d’oreiller, moi j’embrasse le mien.
Seule, dans mon doux nid qu’à tes pieds tu m’arranges,
Je te bénis, ma mère, et je touche le tien !
Laisse descendre au soir un ange qui pardonne
Pour répondre à des voix que l’on entend gémir.
Mets, sous l’enfant perdu que la mère abandonne,
Un petit oreiller qui le fera dormir.
Merci Guy pour ce texte magnifique. Ce grand rire éclatant, sa part de l’enfance, authentique, spontané: quelle joie de le retrouver dans tes mots tendres pour ta grande soeur. Et toujours – vous souvenez-vous -cette attention pleine de délicatesse à l’autre. « Bonjour mon (votre prénom), que deviens-tu ? »
Merci Guy pour ce très bel hommage à ta grande soeur ❤️ Je garde toujours en mémoire ce sourire de Denise et sa force durant les épreuves malgré sa fragilité.
C’est un très bel hommage plein de poésie et de tendresse.