Hommage à Jacques, par Vincent



Quand nous sommes nés nous les dix-huit cousins et cousines tu étais déjà là, et dès ce moment, tu as fait partie de notre petit monde d’enfant.

Ce qui revient le plus souvent de toi c’est d’abord ton âme d’enfant

Tu adorais jouer avec nous au loup dans l‘interminable couloir des Tourelles, surgissant avec François ou Bernard dans l’obscurité, provoquant des cris de joyeuse hystérie. « Les grands sont là !»

A Houlgate, sur la plage à marée basse, à la balle au prisonnier réunissant les grands et les plus petits ; ou sur la digue quand tu emmenais la famille bras-dessus bras-dessous, marchant de front en chantant cette comptine« Il était une fermière qui allait au marché» provoquant par son refrain « trois pas en avant, trois pas en arrière » une pagaille parmi les promeneurs surpris, mais aussi leur amusement et bien sûr le nôtre également.

Tes créations sont nombreuses toi le grand architecte de notre bonheur

Si notre Grand-père René avait son rêve de train électrique; c’est toi, Jacques qui créais de toute pièce ce train, avec son décor de cinéma devenant tour à tour menuisier, électricien, mécanicien.

Tu accomplissais ce rêve d’enfant pour lui et pour nous autres. Imaginez donc, une gare et ses quais éclairés dans la nuit du grenier. Un train jaillit d’un tunnel tous feux allumés, crachant sa fumée. Un train, deux trains, trois trains qui déboulent tirant leurs wagons, au centre une voiture qui roule à toute allure sur sa piste, bouclant des tours à l’infini.

Tout ce monde sorti de ton imagination, avec son pont suspendu au-dessus du vide, avec sa montagne immense au sommet enneigé, qui accouche de la vie de la lumière; pour provoquer la joie au détour de l’obscurité. J’y vois tout un symbole.

Après chaque épreuve qu’a traversée notre famille les Dieppedalle, les décès de François Pages, ton beau-frère et de Marie-Annick, ta nièce tu as su répondre présent en bon scout « toujours prêt ». Tu ne nies pas le malheur, mais tu lui fais face en état là, disponible avec Monique ton épouse, pour accueillir un enfant, offrant un mieux, ta joie de vivre, ton sourire, du bonheur.

Bricoleur de génie, oui mais avec une touche personnelle artistique, conceptualisant l’esthétique dans l’utilitaire

Ainsi ton gabion perdu au fond du marais de la Touques, décoré de lambris, et orné de bois moulurés. Ou encore pour ta maison d’Eu, une porte dérobée cachée dans une armoire normande.

Pour ta planche à voile, qui se veut plus légère que l’air, tu l’équipes avec une pagaie de secours -en cas de panne de vent – au prix d’un franc surpoids, ruinant son envol. Prudence est mère de sureté nous répétais-tu : Il faut toujours parer aux petits imprévus.

Comme la faim par exemple, dont tu as souffert pendant la guerre.

Elle a fait de toi un gourmet accompli.

Dites-vous bien que quand Jacques ne choisit pas entre la tarte aux pommes et la tropézienne et qu’il goutte les deux, c’est pour faire honneur à la cuisinière.

Tout en restant un gentleman du quotidien

L’élégance tu la portes un foulard au cou ou un mouchoir de poche à la veste : toujours soigné, classe.

Le tact c’est quand tes quatre-vingts ans passés, sur cette plage bretonne tu aperçois une petite grand-mère qui gravit péniblement la dune, tu accours à son aide, pour lui prêter ton bras et l’emmener sur un terrain praticable. Dans ta précipitation, tu as oublié de mettre ton pantalon par-dessus ton sous-vêtement. Peu importe, tu es un vrai chevalier des temps modernes.

Conteur hors pair

Tu es fan de l’humour noir de Woody Allen. Mais pour nous tes meilleures blagues sont le récit de tes gaffes, dans lesquelles tu ne manques jamais d’auto-dérision.

Nous n’oublierons pas cet épisode que nous te demandions encore et encore. Lors du mariage très chic de François, le dressing code était strict, plutôt guindé. Te voilà habillé comme un prince en costume queue de pie, serrant tes gants beurre-frais en main, t’inclinant lors du baise-main à la mère de la mariée, et là tu aperçois à tes pieds tes sandales en plastique. Oubliés les souliers neufs dans le coffre de l’auto. Et puis, tes plastiques c’était tellement plus confortable pour conduire. Le gag est irrésistible dans ta bouche.

Ou encore tes récits de voyage à moto avec François, deux grands gaillards sur la petite Peugeot 100 cm cubes, avec le matériel de camping acheté au surplus militaire.
Ton papa te l’avait demandé comme un service pour ton frère. Tu en as fait une aventure.

Tu as nourri notre imaginaire, et égayé les repas familiaux. Que du bonheur ! Et pourtant tu n’as pas été épargné.

Ta force de vie est incroyable

Ton parcours professionnel, tes renaissances, d’abord Braconnot avec ton père, puis dans la récupération de vieux métaux – ton accomplissement – ton procès qui te force à arrêter, puis ta reconversion dans la comptabilité, et ultime rebondissement ton implication dans l’enseignement. Monique est là à tes côtés. Tel le phénix qui renait de ses cendres et se relève pour mieux s’envoler : ton parcours inspire. D’autres suivront ton chemin.

Tes réussites tu les partages en sponsor de notre plaisir.

Tu nous accueilles royalement au centre du Plein Sud à Hyères, pour des réunions de famille ; grâce à ta retraite d’Yzengremer disais-tu. Merci de ta générosité.

Le goût du partage et des autres

Recevoir les six François dans votre studio de Chamrousse bondé, pour le plaisir d’être ensemble, serrés mais bien.

Accepter les nouveaux venus dans la famille sans distinction.

Tu te dévoues aux Petits frères des Pauvres où tu as des amis avec qui tu partages le réveillon à leur service. Tu pousses les handicapés en fauteuils roulants lors des pèlerinages.

Protecteur de la famille

Toi Jacques le gardien du phare qui illumine notre chemin.

Pour le mariage de Lucie tu remplaces ton frère François disparu, pour accompagner ta belle-soeur Mado à l’entrée de l’église.

Un positif dans la vie qui ne se plaint jamais

La maladie te bouscule dans ta dignité, mais tu acceptes ton sort. Sans aigreur.

Dans cette longue traversée de ta maladie tu laisses peu de place à la plainte. Au contraire, tu t’enquiers de nos nouvelles quand tu es au plus bas et tu te réjouis avec nous de notre bonheur. Tu es un roc, ta foi en Dieu t’aide.

Les années se suivent. On s’habitue à te voir surmonter tous les défis que te lance la vie, puis la fin arrive, délivrance, repos de l’âme. Tu as tant donné qu’il semble difficile d’en faire l’inventaire exhaustif.

Toi le solaire, le bienveillant

Toute ta vie est pour nous une occasion d’apprendre de toi, une belle boite à outils pour les bons et les mauvais jours. Tu nous tires vers le haut et tu nous montres que rester soi est possible, parfois avec un pas de côté, un pas-chassé de danseur, illustrant la futilité de l’orgueil.

Pour finir je citerai Hugues AUFFRAY que nous chantions ensemble, pour te dire :

Que non Jacques, ta vie n’est pas perdue,
Nous sommes les enfants que tu n’as jamais eu
Il y a longtemps que nous le savions
Et jamais nous ne t’oublierons
Nous te disons merci et Adieu Jacques

Vincent Le 10 mars 2026

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