
L’image d’un grand artiste, Jacques
Une image de mon grand frère Jacques a marqué mon enfance. J’ai environ huit ans. Jacques en a environ vingt-quatre.
Cette image, c’est une porte de placard, en carton-pâte, qui s’ouvre délicatement et un beau jeune homme, type jeune premier, en sort. Pour se précipiter dans les bras d’une jeune fille. Sous les applaudissement nourris du public.
Nous sommes au théâtre. A Meulan, dans les Yvelines. La troupe du Théâtre amateur Meulanais. Jacques joue dans une comédie de boulevard. Une pièce de Georges Feydeau.
Jacques. Un jeune premier remarquable. Un funambule de la scène. Un Gentleman Farmer du théâtre d’amateurs. Brillant. Sublime. Drôle. A l’aise sur les planches.
Je suis époustouflé… Admiratif.
Sa présence sur scène illumine.
J’ai envie de faire comme lui.
Plus tard… je suivrai sa trace.
Et puis un jour, bien plus loin, en 2003, nos rôles ont changé. Jacques se trouve dans le public du théâtre de Rouen. Et moi je joue, sur scène. La cantatrice chauve, de Ionesco. Génial. Il rit. Il aime. C’est un frère qui aime rire.
Remontons dans le temps. La danse.
L’activité théâtrale de Jacques se termine vers l’âge de vingt-cinq ans. Ça ne dure pas longtemps. L’appel d’une voix professionnelle, puis l’amour, portent ensuite, Jacques, vers d’autres horizons.
Sur une scène, nous le retrouvons, bien plus tard. Mais dans un second talent artistique. L’expression par le corps a remplacé la passion théâtrale. Jacques a pris des cours de danse de salon. S’est inscrit à un club. Et, en compagnie de ce club de danse, il voyage. De Vienne à l’Afrique, en passant par les villages de vacances du midi.
Cette passion transparaît aussi durant les fêtes de famille. Il entraîne, petits et grands, dans des Madisons d’enfer. Sans oublier la valse, le tango. Toutes les danses lui collent à la peau.
Elégant. Souple. Léger. Fluide. C’est un Artiste !
Un troisième talent prend naissance avec la création de notre journal familial et l’équipe de rédaction, en 1990.
Il fait partie des fondateurs, des bienfaiteurs de ce média, qui tient la route encore aujourd’hui d’ailleurs. Et va de pair avec un site web.
Jacques s’exprime, alors, par la plume. Passionné d’histoire, il nous entraîne sur la piste de la vie de nos ancêtres.
Articles bien documentés. Par exemple :
- Le grand père Fernand Lepicard, parti aux Etats Unis pour se former à l’agriculture moderne.
- La grand-mère, Louise Lepicard, écrivaine et auteure d’une centaine d’ouvrages jeune public.
- La carrière internationale de notre père, René Dieppedalle.
- Guillaume le Conquérant. L’histoire d’un lointain cousin Dieppedalle parti vers l’Angleterre. Et récompensé par Guillaume, nouveau Roi d’Angleterre.
L’image finale qui me vient à l’esprit :
Celle d’un grand artiste, aux talents multiples.
Celle d’un frère qui a su me communiquer sa passion avec humilité et générosité.
Merci Jacques.
Dans les coulisses de son théâtre, aujourd’hui,
Jacques a posé son costume de scène.
Son âme s’est faufilée entre les rideaux.
Elle a enjambé les décors.
Sauté par-dessus les projecteurs.
Pour se poser sur les gradins de l’invisible.
Et nous encourager.
Nous applaudir.
Nous soutenir.
Rire avec nous, aussi.
Sous le grand chapiteau de l’éternité.
Guy Dieppedalle, 12 mars 2026