Angèle s’installe à Montpellier

Le pêteur anonyme (par Vincent)

La nuit ouvre à l’imagination une porte pour les délires les plus excentriques. En voici un exemple.

Angèle vient de s’installer à Montpellier dans le quartier saint Odile. Un immeuble d’une trentaine d’années, initialement un hôtel transformé en résidence pour étudiants. Depuis l’emménagement d’Angèle, je dormais pour la seconde nuit dans le canapé convertible de son bureau – salle à manger – salon.
Ce soir le frigo fait un bruit bizarre ? Ou bien est-ce dehors ? Pas de boîte de nuit dans le coin, ni de hulotte sur le balcon. Ni zouk ni houhou mais plutôt prout et clic clac.
Je visite le couloir mais le frigo ronronne normalement ; le fourbe il me cherche. Je retourne me coucher. C’est toujours pareil quand on éteint la lumière, c’est pire. Alors en attendant de dormir…je cogite.
Était-ce une chauve-souris du jardin des plantes, rescapée de l’euthanasie ? Nano en avait parlé lors du dîner. Certaines, les plus résistantes, donc les plus voraces avaient dû trouver refuge dans le placard ou les conduites de ventilation.
Il y avait bien ce gros boîtier intégré au mur au-dessus du placard suspendu que j’avais trifouillé hier avec les rallonges électriques. Un vampire volant – ptéropus polojairatélebus – comme on en voit en Australie surnommé le renard volant. Faut voir la bête ! Sainte Odile priez pour nous !
Non pas possible ils sont frugivores, je l’ai vu dans le film Crocodile dundee ….
Un reptile ! comme ce cobra trouvé par tante Denise sous son lit au Sénégal. Qui sait avec le réchauffement climatique. Je pense à Angèle que je vais laisser seule après-demain, seule face à ce danger. Mais ce bruit étrange mi-organique mi-mécanique alternant pêt (oui, oui) et cliquetis. C’est inhumain ! Une machine diabolique. Un drone envoyé par Poutine pour punir Macron de ces déclarations acerbes adressées à la face du monde. Mais il ne peut pas se taire un peu le premier de la classe ! Il ne s’est pas assez pris de baffes dans la cour du collège : quand on est petit et malingre, on ne se la ramène pas devant le caïd de la cour. Et pis l’autre, qu’il attaque plutôt l’Elysée. Il n’a pas assez de guerres en cours ?
Sur ce, mon esprit dérive vers la Crimée, Troie et Morphée m’emmènent (il est du coin).

Au réveil, Angèle sort de sa chambre, inquiète, et me demande comment ça va ? Tu as été malade cette nuit. Beaucoup ! Et cette odeur dans le couloir ! Tu ne sens pas ?
Non tout va bien, hormis l’odeur… Ça avait commencé hier et j’ai pensé aux poubelles du rez-de-chaussée .
On ouvre le placard du bas, d’où semble venir l’odeur. Vraiment ce devait être une diarrhée phénoménale !

Là au fond du placard, près du mur, nous apercevons un amas de pâte verdâtre et des projections sur le mur du fond, au pied d’une bouteille en verre de soupe bio petits-pois- courgette-brocolis .

Mais que fait-elle ici je l’avais prise au rayon frais ? Dans un frigo. Et…
« Et je l’ai rangée là, à température ambiante (30 degrés) » reprend Angèle : « Je ne savais pas ! »

Mais oui, la capsule métallique qui se tort (clic) et se détort (clac), le cliquetis. C’était ça !
Et le gaz avec la triple fermentation qui s’échappe bruyamment comme d’une cocotte minute par intermittence . Bien sûr! Le tiercé gagnant des légumineuses flatulentes.

Bref, il ne restait plus qu’a évacuer la bombe encore bien pleine et prête à exploser à tout moment. Sur la terrasse, sur l’herbe. J’observais méfiant le couvercle bombé, dirigé vers moi, la bouteille verticale – un vieux souvenir de bisque de langoustines en boîte de conserve – non ouverte – réchauffée sur le poêle à bois : « Mon chéri tu peux m’ouvrir la boîte ? » J’avais failli finir défiguré comme le Joker dans le film Batman.

Un homme averti en vaut deux.

Donc, j’incline, je dévisse et tout se finit bien.

Reste le nettoyage, mais la suite est ordinaire.

Vincent Dieppedalle

Montpellier le 29 août 2025

2 Commentaires

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